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mercredi 16 mai 2012

MORTS-NÉS

Fidèle à notre méthode, qui est celle de la décantation, nous n’évoquerons que demain la journée politique extrêmement dense vécue hier par la France et par son nouveau Président. Pour aujourd’hui, il nous faut nous arrêter à une mode bien révélatrice de l’époque, celle des « quick books », ces livres écrits sitôt après un événement comme s’ils en étaient l’indispensable ponctuation.

Près de vingt ouvrages de ce type ont été consacrés à l’élection présidentielle et à ses protagonistes. Pas moins de six d’entre eux ont été publiés la semaine dernière dont deux ou trois dès le lendemain de l’élection. C’est admirable. Comme il faut exclure qu’ils aient été rédigés dans la nuit du dimanche au lundi, comme on sait aussi que l’imprimerie nécessite un petit délai de séchage tandis que la brochure ou le collage, pour les travaux de reliure les plus élémentaires, absorbe également quelques heures, il faut bien en déduire que ces « livres » (mais il faudrait décidément trouver un autre vocable) résultent d’un pari. Sans trop de risques cependant. Qu’il s’agisse de la victoire programmée de François Hollande ou de la défaite prévisible de Nicolas Sarkozy, on a en quelque sorte parié en faveur de l’inéluctable. A tout prendre, l’essai polémique d’Eric Brunet, « Pourquoi Sarkozy va gagner », était plus courageux à défaut d’être très clairvoyant.

S’il faut en croire les libraires, la surabondance de ces livres vite torchés (torchon est peut-être le mot approprié) devrait décourager les lecteurs, ce qui est somme toute une bonne nouvelle. Elle ne découragera pas les écrivains – qui sont tous des journalistes, professionnels du fugace – d’en commencer d’autres pour les prochaines échéances. On peut d’ores et déjà suggérer quelques titres pour 2017. « Jean-François Copé ou la démesure fracassée ». « François Hollande, retour de l’enfer ». « L’éternel renoncement de Jean-Louis Borloo ». Ou encore « Une vocation d’humoriste enfin assumée : Nadine Morano ». Tout cela n’aura évidemment pas plus d’importance demain que de pertinence aujourd’hui. Et si l’on considère tout, cette production n’est pas plus obscène que le livre publié par telle vedette du show-business trois semaines après le décès de sa fille.

En vérité, c’est un genre. Les grands journaux sont dotés d’un service dit « des petites croix ». On y élabore par avance les articles nécrologiques concernant toutes les personnes en vue de façon à parer à toute éventualité. Il suffirait donc de fusionner cette rubrique très particulière avec celle des commentaires politiques pour disposer d’un stock d’ouvrages à paraître et déjà morts-nés. C’est l’exercice auquel se livre, dans un journal de Kiev, le héros du « Pingouin » d’Andreï Kourkov. Excellent.


mardi 15 mai 2012

MARCASAINT-PAUL

Si le principal suspense électoral a pris fin le 6 mai dernier, l’incertitude est encore à son comble pour l’attribution du titre de champion de France 2012 de football. Résumons. Montpellier, qui était au début de la saison ce que François Hollande était à la présidentielle, un petit Poucet, est en passe de l’emporter sur le Paris-Saint-Germain, club de la démesure, des riches et du bling-bling. A moins d’une surprise, les modestes Héraultais devraient conserver leur avance sur les joueurs achetés par le Qatar. La morale strictement sportive serait sauve.

Montpellier doit encore aller jouer à Auxerre, club déjà relégué et n’ayant donc plus rien à perdre, tandis que le PSG devra affronter les « merlus » de Lorient qui luttent pour le maintien. Comme on dit dans ces milieux, les Languedociens (ci-devant Septimaniens) ont la faveur du pronostic. Les amateurs de football s’en réjouissent d’autant plus que le truculent président montpelliérain, Louis Nicollin, s’est engagé à s’offrir une coupe de cheveux en crête décolorée si son club l’emporte. Le bon Loulou en post-punk, c’est un peu Marielle de Sarnez en Lady Gaga. Autant dire qu’il y aura du spectacle.

Le Président Nicollin a cependant choisi sa saison, celle de la fermeture de la chasse. Avec sa hure hérissée de poils dressés, on aurait bien pu le prendre pour un sanglier dans les garrigues de l’Hérault tant il affiche d’habitude les manières peu nuancées des suidés sauvages.

Ceci nous amène à évoquer le cas bien douloureux de Bamby, le gentil sanglier de St Paul d’Espis dans le Tarn-et-Garonne. Recueilli par Yvan le chasseur alors qu’il arborait encore sa livrée de marcassin, l’animal curieusement baptisé d’un nom de faon a bien prospéré. C’est devenu un sanglier mastoc de 80 kilos. Rien n’a été ménagé pour son bien-être. Yvan savait que ses congénères ne font leur souille dans la boue afin de s’y bauger que faute de mieux. Il a donc créé une charmante piscine réservée à Bamby. Avec son épouse, il tient scrupuleusement le carnet de santé de l’animal qui ne donne d’ailleurs pas le moindre souci à cet égard. Le danger ne vient pas de là. Il émane de la direction des services vétérinaires qui, aveugle à l’amitié légendaire entre les hommes et les sangliers, rappelle qu’il est interdit de détenir des animaux sauvages comme s’ils étaient des animaux de compagnie.

On attend du préfet qu’il tranche. Pas la tête de Bamby bien sûr mais l’imbroglio administratif. Si le pire advenait, il faudrait se référer au beau film de Dominique Garing et Frédéric Goupil, « La vie sauvage des animaux domestiques » où l’on voit ce qu’est une vraie tête de cochon.


lundi 14 mai 2012

FAVORITISME

Quand on est tenté par l’attendrissement devant le spectacle très républicain d’une classe politique enfin réconciliée autour de l’Arc de Triomphe, si l’on est saisi par un mouvement de compassion envers Nicolas Sarkozy somme toute assez digne dans la défaite, lorsqu’on est pris par l’envie de tourner la page des polémiques pour revenir à une vie normale, bref quand une sorte d’envie de centrisme saisit tous les militants, il reste, pour retendre les énergies, le courrier des lecteurs du Figaro Magazine. C’est une lecture toujours roborative.

Pour cette semaine, un des fidèles de la presse Dassault a choisi pour sa missive (son brûlot ?) un titre sans complaisance : « La morale en France est tombée bien bas ». On devine que pour cet abonné intransigeant, l’élection d’un président socialiste constitue déjà une très grave faute morale, aggravée par la probable hausse des impôts sur les plus riches. Travail, famille et patrie sont en danger.

Mais la principale source d’indignation de notre contempteur de l’avilissement des valeurs françaises n’est pas là. Il souhaite souligner que l’épouvantable François Hollande « envisage d’installer son ex-première favorite au perchoir de l’Assemblée Nationale » tout en établissant sa deuxième « favorite » à l’Elysée. Ce brave homme n’écrit pas depuis le XVIII° siècle mais depuis le XXI°, et il appelle « favorite » ce qu’on désigne par le mot de compagne. Il ne s’agit plus de Ségolène ou de Valérie mais de la Maintenon, de la Montespan, de la Pompadour. Il n’avait probablement rien trouvé à redire à la succession de deux épouses à l’Elysée en à peine six mois. Mais qu’aurait-il éructé à propose d’Adolphe Thiers et de ses trois femmes que les humoristes de l’époque appelaient « les trois moitiés de M. Thiers » ? N’aurait-il pas fulminé à l’annonce de la mort assez fumeuse de Félix Faure ? Et que lui auraient inspiré les frasques de Dominique Strauss-Kahn si celui-ci était arrivé, comme le premier Bill Clinton venu, jusqu’à la présidence ? Giscard d’Estaing lui-même a-t-il finalement trouvé grâce à ses yeux ? Et que pense-t-il des tribulations (pérégrinations serait plus juste) de M. Georges Tron, ci-devant ministre de l’irréprochable M. Sarkozy.

Notre moraliste intransigeant devra bien s’y faire : si respectable qu’elle ait pu être, Yvonne De Gaulle ne réapparaîtra pas de sitôt à l’Elysée.

Mais la morale peut être sauve, d’une façon ou d’une autre, fût-ce par la vengeance. Le figariste indigné pourra lire, pour s’en persuader, « Le Montespan » de Jean Teulé, en attendant d’accéder aux Mémoires du Casanova de Tulle.


vendredi 11 mai 2012

CON-FRATERNITÉ

Ce n’est pas encore le retour de l’inquisition mais de nombreux commentateurs présentent le journaliste Pierre Salviac comme la première victime de la censure hollandocorrecte. Dans une allusion transparente à Valérie Trierweiler, l’intéressé avait recommandé à toutes ses consœurs de «baiser utile » en suggérant, l’homme ayant l’esprit paradoxal, qu’on peut parvenir à des positions élevées en s’allongeant. Son employeur, RTL, l’a remercié, ce qui n’était pas volé.

Par « remercié », il faut entendre congédié et non félicité. Difficile, quand on y réfléchit, de se montrer plus stupide, même si Salviac n’est pas un débutant. Hors quelques remarquables saillies racistes ou homophobes, ce polémiste, qui est à l’humour ce que le groupe Licence IV est à la musique symphonique, se distinguait autrefois, avec son compère Albaladejo, par les métaphores animalières qu’il distillait sur France 2 lors des commentaires de matchs de rugby. La France était-elle en difficulté ? « On a un cochon dans le maïs » annonçait Salviac, avec pour les cas graves une version sanglier. Le XV tricolore se trouvait-il dans une situation désespérée ? Le verdict du spécialiste sonnait comme un glas : « La cabane est tombée sur le chien ». On voit à l’extrême finesse de ces plaisanteries que les auditeurs de RTL ne devraient pas être trop privés de nourritures intellectuelles.

On ne sait d’ailleurs pas trop pourquoi le distingué Salviac a distingué Madame Trierweiler. Rien à dire sur Christine Ockrent ? Sur Béatrice Schönberg ? Sur Anne Sinclair ou sur quelques autres ? Il aura simplement cherché à surfer sur l’actualité mais il y a sombré. C’est ce qu’on appelle, dans les cours d’écoles, faire son intéressant. Il a encore cru bon de faire un salut en forme de leçon de déontologie pour rappeler que, selon lui, les faits doivent être implacablement exacts tandis que le commentaire doit rester libre. Du strict point de vue des libertés, il est vrai qu’il y aurait une formidable injustice à laisser les seuls gens intelligents s’exprimer. Tout indique qu’ils sont très minoritaires et un tel monopole serait une véritable insulte à l’imbécillité. Une vraie démocratie doit respecter les droits des sots. Il faudrait même un Garde pour cette mission. A propos d’insulte, on peut se demander si les femmes journalistes apprécient d’être appelées « consœurs » par Pierre Salviac, un homme qui trouverait sans doute matière à contrepèterie dans une telle dénomination.

Si nous avions la moindre raison de penser que M. Salviac sait lire, nous pourrions lui recommander, pour se consoler du complot politique dont il est victime, le très bel ouvrage de John Kennedy Toole, « La conjuration des imbéciles ». Mais ce serait peine perdue, les cochons préfèrant le maïs à la confiture.


jeudi 10 mai 2012

PACIFISME

La France, enfin réconciliée après tous les affrontements électoraux qu’elle a connus, était très émue au spectacle télévisé des cérémonies du 8 mai. Voir Nicolas Sarkozy et François Hollande se serrer la main avant de ranimer la flamme gardant le tombeau du soldat inconnu et de saluer les autorités militaires, voilà qui était en effet émouvant et télégénique. Quelques badauds généralement sarkophiles assistaient physiquement à l’événement et ont souligné le caractère doublement symbolique de l’armistice. En réalité, d’armistice il n’y en eut point. Du moins pas en 1945. L’armistice se situe généralement entre le cessez-le-feu et le traité de paix. Rien de tout cela ne s’est produit à la fin de la deuxième guerre mondiale. L’armée allemande s’est rendue le 7 mai pour le territoire français et le 9 mai pour ses derniers bataillons abandonnés dans les ruines de Berlin. Ce que les Parisiens ont fêté le 8 mai 1945 était tout simplement « la capitulation sans conditions » de l’Allemagne. La métaphore de l’armistice ne pourra donc être appliquée à la guerre sans merci entre le PS et l’UMP puisque, dès dimanche soir, les responsables de droite ont indiqué qu’ils étaient bien déterminés à gagner les élections législatives. Les hostilités continuent.

Et l’Allemagne dans tout cela ? On sait qu’Angela Merkel était l’alliée fidèle de N. Sarkozy et ne cachait pas son anti-hollandisme. La chancelière est toutefois pragmatique. Elle n’a pas tardé à féliciter F. Hollande pour son élection et à l’inviter pour une petite promenade dans Berlin (par ailleurs entièrement reconstruite, si l’on excepte la Gedächtniskirche). Mais elle a tenu à rassurer ses concitoyens et les marchés financiers : il n’est pas question pour elle de céder, fût-ce d’un pouce, sur le pacte de discipline budgétaire que la gauche française entendait adoucir. En résumé, Angela accueillera François à bras ouverts mais de pied ferme. Même si un affrontement militaire semble exclu pour l’heure, il est clair que l’Allemagne n’a pas l’intention de capituler.

Avant même d’avoir à lancer un ordre de mobilisation générale, le nouveau président français a reçu des gages d’alliance de la part des pauvres du Sud, Portugais, Espagnols, Italiens et Grecs, pas mécontents de voir l’axe franco-prussien se gripper, et même des Européens Barroso et Van Rompuy que les philippiques de N. Sarkozy contre Bruxelles et les accords de Schengen avaient passablement agacés.

Curieusement, les Japonais, qui auraient pourtant intérêt à se taire lorsque l’on commémore la victoire de 1945, ont eux aussi appelé la France à la rigueur… Non mais, de quoi je me mêle ? Conforme à son portrait d’homme de synthèse, F. Hollande, qui n’est pas sûr pour cette fois du soutien des Anglais et des Américains, devrait en bonne logique rechercher un compromis, comme l’avait fait Edouard Daladier.

Dans ce contexte, on peut relire « Guerre et Paix » de Tolstoï, petit ouvrage plus dense que la somme des professions de foi électorales et rebaptisé, on ne sait pourquoi, « La Guerre et la Paix ».


mercredi 9 mai 2012

DÉODORANT

La dernière semaine de la campagne présidentielle n’aura finalement été pas trop polluée par les révélations du site Médiapart sur un financement de la campagne sarkozyenne de 2007 par les autorités libyennes. En vérité, il faudrait adorner chacun de ces mots des guillemets qu’il appelle. L’information était appuyée sur un document donnant un accord de principe pour une contribution de 50 millions d’euros aux frais électoraux de M. Sarkozy. L’auteur de la note dit ne l’avoir pas écrite et le destinataire soutient ne l’avoir pas reçue. M. Ziad Takieddine, étrange témoin de moralité, déclare, lui, n’être au courant de rien mais juge la manipulation financière très crédible. Evidemment, M. Sarkozy a dénoncé une falsification grossière et ses porte-voix ont poussé les hauts cris en rappelant, même si l’on ne voit pas vraiment de lien logique, qu’eux au moins ne sont pas les amis de Dominique Strauss-Kahn…

Il paraît que le putride et le nauséabond font partie du paysage politique lorsque la tension électorale s’élève. Curieuse conception de la politique. Mais il est vrai que la République n’a pas toujours été avare d’affaires plus ou moins appétissantes : celle des fuites, celle de l’Observatoire, le coup tordu de Markovic, les diamants de Bokassa, les sous-marins de Karachi, les voyages de J. Chirac, Clearstream et de Villepin, etc.

Le très madré François Hollande s’est bien gardé de commenter la nouvelle affaire avant le verdict de dimanche. Il a simplement noté que, N. Sarkozy ayant déposé plainte contre Médiapart et Médiapart ayant répliqué de façon symétrique, la justice était incontestablement saisie et pourrait faire la lumière dans un dossier passablement obscur.

Au risque – allez, prenons-le ! – de paraître partial, disons qu’il y avait dans la fameuse formule du candidat de gauche aspirant à être « un président normal » comme une promesse que ce genre de boules puantes ne viendrait plus alourdir le climat de notre politique. On lui voit des goûts personnels plutôt éloignés de la fréquentation des milliardaires ou des trafiquants d’armes. Mais le défunt Daniel Balavoine chantait assez justement « qu’il ne suffit pas d’être pauvre pour être honnête ».

C’est bien sûr encourager le populisme, le poujadisme et l’extrême-droite qu’appeler à nettoyer les écuries d’Augias. On peut cependant penser que les citoyens français se trouveraient bien de vivre dans une démocratie qui ne serait pas toujours empuantie par des scandales. Désormais, les publicitaires, qui ne reculent devant aucune stupidité, font la promotion de déodorants efficaces pendant 48 h, voire 72 h. Et pour cinq ans ?

On relira, pour sa fraîcheur olfactive, « Le Parfum » de Patrick Süskind. En déconseillant à F. Hollande « Et rose elle a vécu ce que vivent les roses ».


FÉMINIMUM

Ce gouvernement, qui nous dirige pour six jours encore, n’aura décidément pas eu la baraka. Il avait fait le forcing pour publier, mercredi dernier, un décret visant à la féminisation de la haute fonction publique. Si les femmes représentent 60 % des effectifs de fonctionnaires, elles sont encore malheureusement très minoritaires dans les grands corps de l’Etat. Il a donc été décidé que dans tous les grades elles seraient au moins 40 % en 2018. Voilà qui laisse le temps de voir venir mais enfin notre gouvernement avait démontré qu’il était féministe.

Patatras, le Conseil constitutionnel a ruiné ce bel effort ! Saisi par un ancien député du Rhône, très éphémère secrétaire d’Etat giscardien, condamné pour harcèlement sexuel, la cour suprême a considéré que la loi prévoyant cette infraction était trop vague et imprécise, et ne correspondait donc pas aux critères de légalité des peines, de sécurité juridique et de prévisibilité posés aussi bien par notre loi fondamentale que par les traités internationaux.

La loi sur le harcèlement est en conséquence passée à la trappe. Depuis longtemps, les juristes faisaient observer que ce texte, très flou en effet, ne prévoyait aucun des éléments matériels (paroles, gestes, documents, lubricités diverses) qui auraient pu constituer le délit. Ils soulignaient également que, devant cette incertitude, il appartenait aux personnes poursuivies de faire la preuve, contre toutes les règles de notre droit, du fait qu’elles n’avaient commis aucune faute.

Mais on sait que le métier des juristes consiste à faire des raisonnements et à développer des arguties à tout propos. L’original, dans cette affaire, tient à ce que les associations féministes étaient également d’accord pour une modification de la loi permettant une incrimination plus précise mais aussi des condamnations plus lourdes. Et les voici dépourvues de tout instrument répressif, un peu comme si D. Strauss-Kahn avait été élu président de la République.

Les associations concernées appelaient samedi à un rassemblement place Colette à Paris. L’endroit était spécialement bien choisi puisque l’écrivain féministe donne son nom à la place de la Comédie Française, laquelle jouxte le Conseil constitutionnel. Il y a cependant fort à parier que ses membres – neuf hommes et deux femmes, rappelons-le – ne siègent pas très souvent le samedi et qu’ils avaient ce jour-là d’autres soucis en tête…

Il reste au futur ministre de la condition féminine à réparer cette formidable injustice en puisant son inspiration dans « Pitié pour les femmes » de Montherlant.


mardi 8 mai 2012

PRÉSIDENTISSIME

Il avait bien préparé son coup. Depuis au moins quatre ans, à ce qu’on dit. Et la manœuvre a réussi presque sans coup férir. Le voilà président. Intronisé depuis hier. Vraiment, Vladimir Poutine n’est pas un de ces démocratomaniaques occidentaux qui s’encombrent de mille précautions pour parvenir à leurs fins. Les opposants ? Il les emprisonne, ce qui est une solution rapide et efficace. Les petites révoltes à la périphérie de l’empire ? Il les écrase dans le sang après avoir inventé des complots terroristes. La presse qui se prétend libre ? Il la musèle quand il ne fait pas assassiner les journalistes les plus en vue. Le choix d’un premier ministre ? Il ne tergiverse pas pendant des jours et des semaines en pesant les avantages et les inconvénients de mille et une solutions ; il en a une toute prête : il suffit de remettre à sa place de subordonné celui qu’il avait désigné pour garder sa place au chaud pendant un intérim de quatre années. A défaut d’être propre, ce travail est net et expéditif. Et ce Poutine se montre particulièrement convaincant ; il a l’habitude de garder sa main droite dans sa poche et l’on peut raisonnablement s’attendre à le voir braquer un pistolet hérité de son ancien équipement du KGB.

Quand on pense qu’il a fallu un an et demi à un pays minuscule comme la Belgique pour se trouver un premier ministre exposé à tous les vents du plat pays flamand. Ou que le nouveau président français a dû s’imposer deux tours de scrutin pour s’offrir une victoire avec une marge à peine supérieure à 3 %. Que même les Américains, si farauds par ailleurs, ne savent pas encore qui va être élu chez eux en novembre. On croît rêver.

L’excellent Vladimir Poutine se trouve à la tête du plus grand pays du monde (plus de 17 millions de km2, c’est trente fois la France) avec une population proche des 150 millions d’habitants, et des ressources géologiques presque incommensurables sans même tenir compte de celles qu’il emprunte à ses voisins azéris, kazakhs ou mongols à qui il a fait mine d’accorder leur indépendance, tandis qu’il occupait des parties non négligeables de la Moldavie et de la Géorgie et lorgnait sur la Crimée ukrainienne ou sur l’arrière-pays letton.

Voilà bien un dirigeant moderne pour un pays qui se signale depuis des siècles (depuis Voltaire, avant même Joseph de Maistre et Dominique Fernandez) à l’estime des grands esprits les plus éclairés. Allez donc essayer de trouver un capitaine de pédalo en rade de Vladivostok ou sur les rives du lac Baïkal.

On se fera une idée du gigantisme russe en lisant « En descendant les fleuves » d’Eric Faye et Christian Garcin.


lundi 7 mai 2012

SINISTROSE

Jour de deuil, ce dimanche, pour les humoristes, les imitateurs, les caricaturistes qui ont perdu, peut-être définitivement, leur sujet préféré. Guy Bedos, qui se trouvait d’ailleurs à la Bastille comme un vieil abonné du Muppet Show, le soulignait à sa manière : « Je suis dans la merde ». Et avec lui, chacun dans son style, les Canteloup, Guillon, Gerra et autres Plantu sont en quelque sorte orphelins de Nicolas Sarkozy.

Ils vont bien sûr aiguiser leurs pointes, leurs plumes et leurs talents respectifs sur le dos de François Hollande mais il faut bien dire que l’exercice est plus difficile. A force de reprocher au nouvel élu d’être rond et lisse, les esprits acidulés de la presse vont s’apercevoir qu’ils ne trouvent guère d’aspérités auxquelles s’accrocher. Homme de consensus et de compromis, le président de gauche ne favorise pas la dérision qui est par nature assez manichéenne.

Ah ! ce Sarkozy c’était autre chose. Guère plus petit que F. Hollande, il parvenait à passer pour un nabot à talonnettes. Mais c’est surtout l’incroyable addition de son débit, de ses tics, de son agitation extrême qui produisait une image à mi-chemin entre Zébulon et Louis de Funès, c’est-à-dire un véritable régal pour les observateurs. Sans même parler de ses transgressions politiques, de son usage étrange de la langue française, de son épouse et de quelques autres caractéristiques remarquables, N. Sarkozy parvenait à faire rire même lorsqu’il tenait des discours propres à faire peur. Les amitiés sont parfois révélatrices et c’est ainsi que nous avons profité, pendant cinq ans, de Christian Clavier dans « Les bronzés à l’Elysée ».

Qu’est-ce que nos dessinateurs, chroniqueurs et autres mauvais esprits vont bien pouvoir se mettre sous la dent désormais ? A gauche, on peut toujours compter sur Ségolène Royal – on l’a vu dès dimanche aussi – mais il semble qu’elle n’intéresse plus qu’elle-même. J.L. Mélenchon est certes un bon sujet qui risque toutefois d’être marginalisé par les lois d’airain de la politique. A droite, ce n’est pas mieux. Dessiner, pour faire rire, Juppé, Fillon et Copé en assemblée de croque-morts peut amuser une ou deux fois mais, comme dans Lucky Luke, il s’agit de personnages de coin de planche. Reste bien la pétulante Nadine Morano. Le problème, dans son cas, c’est qu’elle a décidé, depuis quelque temps déjà, de faire une carrière d’humoriste en solo. Les temps sont durs.

S’il ne s’agit que de rigolade, les électeurs de gauche et de droite pourront se réconcilier avec « Le parti d’en rire » de Pierre Dac et Francis Blanche.


dimanche 6 mai 2012

RUCHER

Le retour des beaux jours est un mal pour un bien L’un et l’autre apportés par deux hyménoptères La guêpe, détestable, vole et ne sert à rien Envahit le Château, même les ministères.

En s’agitant beaucoup, en habit jaune et noir, Se servant de son dard, elle blesse, elle pique, Usant comme argument de son méchant pouvoir Et ne ressemble vraiment qu’à son cousin moustique.

Voletant à tous vents, cette guêpe s’agite Provoquant des blessures, boursouflures, et tortures Sa popularité de ce fait périclite L’apiculture l’emporte sur l’acupuncture.

Car la brave abeille, elle, ne pense qu’à son miel Butinant, pollinisant, enchantant nos pâtures, Abandonnant la guêpe, occupée de son fiel, Du venin de son dard et de ses impostures.

Déjà Aristophane, c’était au siècle d’or, Dénonçait, condamnait les guêpes démagogues Qui volaient le budget contre la règle d’or ; Il accablait Cléon et ses politologues.

L’abeille va tranquille, du jardin à la ruche, Et méprise la guêpe, animal inutile, Ivre de suffisance, qui telle une baudruche, Vole dans son bocal, entre vide et futile.

On promet à l’abeille un palais pour maison L’Elysée pour tout dire, logis présidentiel. Nous verrons bien ce soir qui donc avait raison Et si l’humilité demeure l’essentiel.


mercredi 2 mai 2012

HOMMAGE

Nicolas Sarkozy avait choisi d’organiser hier une énorme transgression dont il pourrait payer lourdement les conséquences. Avec son contre 1er mai, il voulait sa propre fête du travail, une vraie fête du vrai travail. Et il précisait qu’il préférait se trouver au milieu d’une marée bleu-blanc-rouge à l’heure où François Hollande défilerait derrière les drapeaux rouges de la CGT…

Ce dernier lui a répondu de la façon la plus appropriée. Il a choisi d’aller rendre hommage à Pierre Bérégovoy qui s’était suicidé près de Nevers, le 1er mai 1993. Ce choix est celui de l’intelligence et de l’affection, celui du cœur et de la raison.

Pour l’esprit, François Hollande n’est pas tombé dans le piège grossier que lui tendait son challenger. On ne le verra pas derrière des drapeaux rouges, qui n’ont au demeurant rien d’ignominieux ou d’infâmant pour qui connaît l’Histoire de ce pays. Il sera discrètement placé derrière un voile noir, lors d’une commémoration que, malgré sa haine ancienne, la droite n’ose pas contester. Ce serait très habilement joué s’il ne s’agissait que d’une manœuvre politicienne.

Mais il y a, dans ce geste de F. Hollande, beaucoup plus qu’une réponse tactique. Nul n’a oublié les circonstances de la mort de P. Bérégovoy. A l’issue d’une campagne législative d’une violence inouïe où les affiches des candidats de gauche étaient couvertes de petites mains sanguinolentes censées représenter les victimes du « scandale du sang contaminé », le Premier Ministre de François Mitterrand s’était trouvé mis en accusation. Selon ses adversaires, et même selon certains de ses « amis », il aurait provoqué la défaite de la gauche pour avoir reçu d’une autre personne estimable quoi qu’on en ait dit, à savoir Patrice Pelat, un prêt d’un million de francs destiné à l’achat d’un appartement parisien.

Qu’un homme, alors titulaire depuis douze ans des plus hautes responsabilités dans l’Etat, ait eu besoin d’un prêt aurait dû apparaître comme la preuve de sa scrupuleuse honnêteté à tout observateur de bonne foi. Mais la bonne foi était absente. La presse était déchaînée, Pierre Bérégovoy ne l’a pas supporté. Avec l’orgueil de cristal qui est souvent la marque des humbles et des intègres, il n’a pu admettre que son honneur fût, comme devait le souligner F. Mitterrand, « jeté aux chiens ». Il a choisi la mort qui libère. En hommage à cet homme exceptionnel, nous relirons « Le mythe de Sisyphe » d’Albert Camus tandis que Sarkozy, tout à ses nouvelles amitiés, pourra lire « Le feu follet » de P. Drieu La Rochelle. A chacun ses références.


mardi 1 mai 2012

DOUANIER

C’est le grand retour du mythe de la frontière. On sait qu’il s’agit là d’un rêve collectif que fait l’Amérique depuis longtemps. George Washington lui-même avait décidé, d’abord à son profit personnel de propriétaire terrien, de passer outre les Appalaches que les colons de la Nouvelle-Angleterre s’étaient fixées comme la limite occidentale de leur souveraineté territoriale, le reste appartenant aux Indiens repoussés de leurs terres traditionnelles. Et puis jusqu’au XIX° siècle, les Yankees n’ont cessé d’étendre leur pouvoir vers l’Ouest jusqu’au Pacifique, un processus qui devait s’achever avec la ruée vers l’or, vers Sacramento et San Francisco. L’Amérique a vécu longtemps autour de ce grand récit, celui de la frontière toujours repoussée. Le mythe a même été actualisé en 1960 par John F. Kennedy assignant à son peuple l’objectif de « la nouvelle frontière ». Il pensait, par exemple, à la conquête spatiale sans savoir encore que cette question frontalière se poserait de façon plus douloureuse au Viêt Nam et autour du 17e parallèle.

Pas découragé par ce précédent, Nicolas Sarkozy vient de relancer, dans un grand discours que ses propres partisans ont jugé un peu abstrait et abscons, l’idée de la frontière. Il l’a fait en des termes qui n’appartiennent qu’à lui : « Je veux replacer la frontière au centre du débat ». Bigre ! La frontière au centre. Par une sorte de déformation logique, géographiques et politiciens, dès lors qu’ils ne sont pas andorrans, ont l’habitude de voir les frontières plutôt assez loin du centre. Autrefois, on parlait des « marches », qui ont fourni des marquis mais qui désignaient surtout la périphérie des empires, y compris dans l’Empire du Milieu. Même au sens figuré, la frontière est à la marge, ce que veulent dire aussi les commentateurs lorsqu’ils jugent que la campagne de M. Sarkozy est un peu « borderline ».

Mais la conception qu’il a de la frontière est assez fumeuse. Il ne s’agit, semble-t-il, pas de dilatation territoriale. Si l’on excepte la décolonisation, la superficie de la France n’a guère connu de modifications depuis le referendum de Tende et Brigue en 1947. On peut certes récupérer quelques enclaves incongrues, celle de Llivia ou l’île des Faisans sur la Bidassoa, et même annexer la Suisse et le Luxembourg au risque de tuer l’évasion fiscale. Mais les grandes entreprises de conquête ne sont plus à l’ordre du jour. Alors, quelle frontière ? Celle du vrai et du faux travail, celle, horaire, de la France qui se lève tôt et de la France paresseuse, celle du secteur public improductif et du secteur privé vivant sous l’éclairage du travail, de la famille, de la patrie ? Nul ne sait. Le petit Nicolas veut simplement réhabiliter la frontière, tout en dynamitant les lignes qui séparent l’UMP du FN.

Il pourra lire, pour préciser ses intentions, le remarquable ouvrage de Gilles Lapouge « La Mission des frontières » et, du même auteur sur un sujet proche, le « Dictionnaire amoureux du Brésil ».


ABOYEUSE

Il n’y a pas que de mauvaises nouvelles en provenance de l’UMP. Après le score, décevant quoi qu’on en dise, du premier tour, le choix opéré pour le deuxième tour s’imposait clairement : l’urgence était de courtiser et séduire les électeurs du front national. Cette option impliquait une modification de la communication du candidat sortant. Exit NKM au profit de NM. C’est le grand retour de Nadine Morano. On avait une porte-parole, on aura désormais un porte-voix. Devant les débordements droitiers de Nicolas Sarkozy, la très bourgeoise Nathalie faisait la fine bouche ; elle est remplacée par une grande gueule.

Il est vrai – la droite populaire le rabâchait depuis des semaines – que la nomination de Nathalie Kosciusko-Morizet ressemblait un peu à ce que l’on appelle aujourd’hui une « erreur de casting », ce qui signifie bien que la politique est devenue un spectacle de music-hall. Diaphane et presque évanescente, élégante malgré ses interminables jambes très minces, NKM avait l’air d’être aussi appropriée à la campagne de la droite que la harpe le serait à un orchestre-musette. Bref, les chasseurs de voix de l’Elysée voulaient du pitbull et on leur avait donné un lévrier… Dans le contexte micro-politique, il n’était pas non plus très pertinent de porter un patronyme étranger, même s’il est préférable, au sein de la communauté polonaise, de s’appeler Kosciusko plutôt que Roger Walkowiak.

Après Nathalie la mutine, re-voici donc Nadine la matine. Elle n’a aucun des défauts de celle qu’elle remplace. Elle incarne jusqu’à la caricature cette « France d’en bas » qu’il s’agit de faire remonter. A l’heure où l’on imagine NKM occupée à un tea-brunch avec ses amies chez Angelina, rue de Rivoli, Nadine la grognarde aime siffler des apéros avec ses copains du peuple au Café des Sports de Toul. Deux mondes bien différents. L’excellente Nadine n’a pas peur, comme l’autre, d’appeler un chat un chat. Elle dénonce, non pas les jeunes des cités, mais ceux qui portent des casquettes à l’envers ; quand il s’agit d’exprimer l’islamophobie des vrais Français, c’est toute la subtilité dont elle est capable.

Voilà quelque temps, Madame Morano-Sans Gêne avait laissé entendre qu’elle se verrait bien Ministre de l’Education… Au point où nous en sommes. Elle représenterait assez bien ce candidat qui vilipendait hier « ceux qui veulent que nous disparissions ». Hi-hi !

Conseillons à la porte-parole du peuple la lecture des « Nouveaux chiens de garde » de Serge Halimi.


vendredi 27 avril 2012

FERMETÉ

Mais quand donc finira ce lamentable laxisme judiciaire ? Avant-hier encore, alors que les magistrats sont théoriquement chargés de punir les criminels, il s’est trouvé un juge d’instruction pour commettre un nouveau crime de lèse-police. Ce « justicier » a décidé de mettre en examen pour homicide volontaire, c’est-à-dire pour meurtre, un gardien de la paix qui avait abattu un très dangereux multirécidiviste tentant d’échapper à une interpellation. Monsieur le juge a refusé d’admettre l’explication du policier qui avait tiré en état de légitime défense au prétexte particulièrement futile que le délinquant avait été tué d’une balle dans le dos. Comme si l’on ne savait pas, depuis la flèche du Parthe, que les malfaisants sont très capables de tirer derrière eux tout en feignant de s’enfuir…

Heureusement, tous les pouvoirs publics ne sont pas encore gangrenés par le gauchisme. C’est ainsi que Nicolas Sarkozy a aussitôt déclaré, lors d’un meeting électoral, qu’il entendait établir une présomption de légitime défense au bénéfice des policiers. Pas trop tôt. De mauvais esprits ont alors fait remarquer que cette proposition se trouvait déjà dans le programme de la candidate du F.Haine. Pire, des journalistes malintentionnés ont révélé que, trois mois plus tôt, le ministre de l’Intérieur, qui n’est pourtant pas un mou de la gâchette, avait estimé que l’instauration d’une telle présomption équivaudrait à la délivrance d’un « permis de tuer ». Devant la réaction très énergique du président-candidat, Monsieur Guéant s’est bien vite repris. Finalement, il s’est dit favorable à cette fameuse présomption. Voilà enfin un ministre de l’Intérieur qui est d’accord pour donner à la police le permis de tuer tous les voleurs de poules et d’autoradios qui pourrissent l’existence des bons Français.

Interrogé hier soir sur une autre proposition de Marine Le Père, à savoir la peine de prison à perpétuité réelle, le bon Nicolas Sarkozy a confié qu’il n’était pas personnellement choqué par cette idée. Fort bien. On progresse. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Puisque la pusillanimité coupable de l’époque empêche, au moins pour l’heure, de rétablir la peine de mort, ne pourrait-on pas revenir aux bonnes vieilles méthodes de torture (la roue comme autrefois ou la gégène expérimentée par M. Le Pen le père) pour faire avouer ceux qui se prétendent innocents. Ensuite, après les aveux, on ne doit pas oublier que les installations pénitentiaires des îles du Salut, de St Laurent du Maroni et de l’île des Pins sont pratiquement intactes. Un patrimoine à réhabiliter.

Que nos délinquants, s’ils savent lire, voient un peu les « Récits de la Kolyma » de Varlam Chalamov et nous disent ensuite s’ils ont encore envie de délinquer.


jeudi 26 avril 2012

REVENANT

On ne sait ce qui a pu être déterminant dans le choix de Valéry Giscard d’Estaing. Est-ce la comparaison, sans doute très excessive, faite par L’Humanité entre le maréchal Pétain et Nicolas Sarkozy ? Est-ce le propos, pas plus nuancé, de Pascal Cherki dans Libération où il prêtait au candidat sortant le projet d’annexer les Sudètes et Dantzig avant de déclarer la guerre à la Pologne ? Quoi qu’il en soit de ses motivations, notre ex-président accordéoniste a décidé de soutenir le petit Nicolas. Qu’en aura pensé ce dernier, voilà qui est difficile à dire.

Par le passé, Jacques Chirac était très régulièrement défendu par Line Renaud. Il est vrai aussi que François Mitterrand, à sa grande époque, comptait parmi ses supportrices aussi bien Colette Renard que Colette Sauvage pourtant mariée au très droitier Philippe Bouvard. Et aujourd’hui encore, François Hollande reçoit le soutien des papys terribles de la bien-pensance, Stéphane Hessel et Edgar Morin.

Mais le soutien de Giscard, c’est tout à fait autre chose. D’abord, même s’il n’y est pour rien, l’intéressé est né à Coblence ce qui lui donne en somme partie liée avec les émigrés anti-révolutionnaires ou avec les émigrés fiscaux qu’on nous annonce très nombreux dès après-demain. En outre, Monsieur l’Ex, même s’il a montré plutôt une gestion orléaniste, prétend sans rire descendre de Louis XV. Par le parc aux cerfs, dit-on dans la haute société, et par la cuisse gauche selon le bon peuple. C’est vraiment le seul rattachement possible de Giscard à la gauche. Il se trouve que son épouse, la très distinguée Anne-Aymone de Brantes serait elle aussi une descendante du Bien-Aimé, ce qui laisse assez mal augurer du potentiel génétique de leurs rejetons. Bref, il est difficile d’avoir un air aussi résolument passé que le très compassé Valéry.

Nicolas Sarkozy a déjà, c’est un fait judiciaire avéré, le soutien de Patrice de Maistre, un authentique noble contre-révolutionnaire celui-là, dont le mutisme devant les juges d’instruction protège encore le candidat sortant mais pour combien de temps ? Il est également supporté, et probablement aidé, par le baron Seillière, lui-même empêtré, avec toute la famille de Wendel, dans de sombres histoires fiscales. Il ne manquait plus, en résumé, que l’irruption de M. Giscard pour démontrer que N. Sarkozy était définitivement « le candidat du peuple », ce que la roturière Laurence Parisot avait bien senti et exprimé.

Evidemment, cette pléthore de soutiens aristocratiques aurait pu avoir quelque effet contre Ségolène Royal mais avec F. Hollande… On n’est pas obligé de lire les bluettes qui ont valu à Valéry (le faux) d’accéder à l’Académie française mais on pourra revoir « Noblesse oblige » de Robert Hamer.